ISP X CIT 2026 - Discours en séance plénière de Daniel Bertossa
Découvrez le message de l'Internationale des Services Publics prononcé lors de la Conférence internationale du Travail, qui retrace les luttes, les espoirs et les victoires des travailleurs.euses des services publics à travers le monde.
Daniel Bertossa
Mesdames et Messieurs les Délégué.e.s, Cher.e.s Invité.e.s et Cher.e.s Travailleurs.euses,
La Conférence internationale du Travail de cette année se tient dans un contexte de crises multiples – qui, trop souvent, plongent les gens dans le désespoir.
Nous avons le sentiment que trop de leçons difficiles tirées du passé ont été oubliées.
Malgré les applaudissements et les promesses faites pendant la pandémie de Covid, les travailleurs.euses de la santé sont aujourd’hui confronté.e.s à une grave épidémie d’Ebola, sans que des mesures adéquates aient été mises en place.
En Ukraine, à Gaza et maintenant au Liban, les travailleurs.euses de la santé, de l’énergie, de l’eau et des services d’urgence sont confronté.e.s au danger effroyable de frappes à double et triple visée, en violation du droit international.
Pourtant, malgré tout cela, les actions quotidiennes des travailleurs.euses des services publics sont ancrées dans l’espoir – et nous donnent de l’espoir à tous.tes.
Un espoir qui a une dimension humaine – et qui ne pourra jamais être remplacé par l’automatisation, les algorithmes ou l’IA.
Nous saluons le rapport de la DG intitulé « Exploiter l’intelligence artificielle pour un travail décent ».
Mais nous devons nous rappeler que cette technologie a été développée et se développe uniquement grâce à notre travail et à nos données – souvent prélevées sans compensation ni autorisation.
Comme le souligne le Pape Léon XIV, une « culture du pouvoir » est en train de « s’infiltrer dans la société » et de « s’emparer » de tous les aspects de nos vies – du lieu de travail au champ de bataille. Ces outils ne peuvent continuer à être contrôlés par une poignée d’hommes – asservis à « une culture du pouvoir ».
Nos 30 millions de membres – principalement des femmes – construisent, entretiennent et prennent soin des infrastructures publiques et des biens sociaux qui permettent à la société de s’épanouir.
Nous devons désormais construire l’infrastructure digitale publique nécessaire pour garantir que ces nouveaux outils soient régis dans l’intérêt général.
Lorsque l’utilisation de nouvelles données et de nouveaux outils enfreint l’éthique ou les droits humains, les travailleurs.euses du service public doivent avoir le droit – et la protection – de refuser de les mettre en œuvre, et de dénoncer ces abus si nécessaire.
Lorsque les outils numériques sont appropriés, les travailleurs.euses et les syndicats doivent jouer un rôle clé dans leur conception. Nous devons disposer d’un droit d’accès numérique – afin que les syndicats, les inspecteurs.trices du travail et les représentant.e.s des travailleurs.euses puissent contrôler la gestion algorithmique, évaluer les risques et garantir les droits numériques sur le lieu de travail.
Nos membres ne sont pas contre la technologie. Nous l’utilisons pour sauver des vies et servir les communautés.
Mais nous sommes contre l’utilisation de la digitalisation pour justifier la privatisation, l’austérité et la répression syndicale. Nous nous opposons à la cession de monopoles à des entreprises qui n’ont de comptes à rendre à personne, afin qu’elles extraient nos données et contrôlent des fonctions gouvernementales vitales – ou qu’elles renforcent et automatisent la surveillance étatique.
Il n’y a rien de « moderne » à retirer le visage humain des services publics — en transformant les visites de soins en appels automatisés, en utilisant un algorithme pour couper l’aide aux personnes vulnérables, en cédant les données publiques à des entreprises privées. Ce n’est pas du progrès. C’est du désespoir.
Et encore une fois, ce sont les travailleurs.euses des services publics qui ripostent.
Nos membres en Suède ont refusé d’utiliser des outils technologiques pour signaler les personnes migrant.e.s sollicitant des services publics tels que les soins de santé.
Nos syndicats aux États-Unis ont obtenu la réintégration de milliers de fonctionnaires essentiel.le.s que des milliardaires du secteur technologique avaient tenté de licencier dans le cadre du projet DOGE, qui a échoué.
Ou encore en Corée du Sud, OÙ NOS SYNDICATS ont rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la rue pour protéger le Parlement et la démocratie et mettre fin à une tentative de coup d’État.
Nous sommes heureux de voir que l’espoir est de nouveau à l’ordre du jour à l’OIT. La récente clarification de la CIJ sur le droit de grève signifie que l’OIT peut enfin se remettre au travail.
Et l’ISP jouera son rôle – en partenariat avec l’OIT sur la santé et la sécurité au travail. En inversant la tendance à la précarisation du travail. Et en encourageant les gouvernements à ratifier la Convention n° 151, afin que le droit à la liberté syndicale ne puisse être arbitrairement refusé aux travailleurs.euses des services publics. Et nous nous battrons pour défendre les syndicalistes attaqué.e.s pour avoir exercé ces droits.
Nous continuerons également à rechercher un terrain d’entente avec les gouvernements et les employeurs du secteur public pour promouvoir des services publics de qualité et un travail décent – comme l’accord-cadre mondial historique sur le dialogue social et la coopération avec Cités et Gouvernements Locaux Unis, qui sera signé prochainement.
Cher.e.s Délégué.e.s, face à la crise, les travailleurs.euses des services publics ne reculent pas.
Mais aller de l’avant ne doit pas signifier s’exposer à des dangers inutiles – ni être mal préparé.e.s.
L’OIT a été fondée sur l’espoir au milieu des décombres de la Première Guerre mondiale – ET dans un monde qui donne trop souvent l’impression de s’effondrer, nos membres entretiennent cet espoir – et le mettent en pratique – chaque jour.
Des travailleurs et travailleuses, agissant en solidarité, pour construire un monde où il fait bon vivre – pour nous tous.tes. Voilà à quoi ressemble l’espoir.