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158e Conseil exécutif de l'OMS Réunion du Conseil exécutif de l'OMS : L'ISP défend les travailleurs.euses de la santé et la postérité
La 158ème Session du Conseil exécutif de l'OMS (2-8 février) a été cruciale compte tenu des crises mondiales, des tensions géopolitiques et du retrait des États-Unis de l'OMS. Malgré les difficultés, la réunion s'est achevée sur une note positive. Les résolutions du Conseil exécutif seront soumises à la 79ème Assemblée mondiale de la santé (18-23 mai, Genève).
Baba Aye
La 158ème Session du Conseil exécutif de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) s'est tenue du 2 au 8 février. Les ministres de la santé et d'autres hauts responsables politiques du monde entier, ainsi que les principales organisations de la société civile du secteur de la santé, se sont rencontrés à Genève pour cette réunion décisive. Cet événement, qui s'est déroulé dans un contexte de crises multiples à travers le monde, de fortes tensions géopolitiques et du retrait des États-Unis de l'OMS, a constitué un moment charnière pour l'agence spécialisée des Nations unies investie du pouvoir d'assurer le leadership en matière de santé internationale.
L'Internationale des Services Publics (ISP) était présente en qualité de porte-parole mondial des travailleurs.euses de la santé et des soins en relations officielles avec l'OMS, afin de participer aux discussions importantes qui ont eu lieu lors de cette réunion historique. Ce fut également l'occasion pour nous de dialoguer avec les États membres de l'OMS sur un large éventail de questions cruciales qui préoccupent les travailleurs.euses de la santé et les syndicats du secteur de la santé dans le monde entier.
Lors des sessions plénières du Conseil exécutif, les États membres ont délibéré sur les points de l'ordre du jour qui façonneront le discours mondial sur la santé, avant et pendant la 79ème Assemblée mondiale de la Santé en mai. Il s'agissait notamment de la santé mentale, des maladies transmissibles, de la couverture sanitaire universelle, des soins de santé primaires, de la santé dans le Programme de Développement Durable à l'horizon 2030, du travail de l'OMS dans les situations d'urgence sanitaire, de l'initiative mondiale de l'OMS pour la santé et la paix, et des conditions sanitaires en Palestine. Il a également délibéré sur une proposition de stratégie pour la mise en œuvre des recommandations du Conseil de l'OMS sur l'économie de la santé pour tous et toutes.
Questions et interventions de l'ISP

Le Conseil exécutif s'est ouvert sur un discours émouvant du Dr Tedros Ghebreyesus, Directeur général de l'OMS. Il a souligné que l'année 2025 " a été une année de grands contrastes " pour l'Organisation. Ce fut "une année charnière" avec l'adoption de l'Accord de l'OMS sur les pandémies. Mais c'est aussi "indéniablement l'une des années les plus difficiles" de l'histoire de l'OMS.
Compte tenu de la nature particulière de l'année dernière, les délibérations de l'OMS cette année, à commencer par l'EB158, ne pouvaient qu'impliquer " de nombreuses discussions sur la réforme de l'éco-système " de l'Organisation, comme l'a déclaré le Dr Ghebreyesus.
L'ISP est intervenue sur plusieurs de ces points de l'ordre du jour, en se concentrant sur les suivants :
Santé mentale
S'exprimant sur la santé mentale, Bàbá Ayé, Responsable du secteur de la Santé et des Services sociaux à l'ISP, a souligné que l'ISP était très préoccupée par le fait que la plupart des pays ne parviennent pas à atteindre les objectifs du Plan d'action mondial pour la santé mentale de l'OMS. Il a fait remarquer que cette situation fait peser un lourd fardeau sur les travailleurs.euses de la santé et des services sociaux, d'autant plus que l'intégration des services de santé mentale dans les plans de couverture sanitaire universelle (CSU), comme l'indique le rapport du Directeur général, n'a pas été suffisante pour les travailleurs.euses de la santé.
Dans la déclaration de l'ISP, nous avons également souligné les résultats d'études qui montrent que les travailleurs.euses de la santé sont confronté.e.s à une crise de la santé mentale dans plusieurs pays. Cela se reflète dans le risque plus élevé de suicide rencontré parmi les travailleurs.euses de la santé. Ce risque est jusqu'à 24% plus élevé que dans d'autres secteurs. L'ISP a donc exhorté les États membres de l'OMS à redoubler d'efforts pour renforcer la santé mentale et le soutien psycho-social des populations de leurs pays et à mettre en place des programmes spécifiques pour les travailleurs.euses de la santé.
Pour ce faire, l'ISP a souligné que les gouvernements devraient s'attaquer aux facteurs de risques psycho-sociaux sur le lieu de travail qui se recoupent, tels que les heures de travail excessives, l'insécurité de l'emploi, la violence et le manque d'effectifs. Les syndicats du secteur de la santé, en tant qu'acteurs clés, devraient également être impliqués dans le processus, par le biais de la négociation collective et du dialogue social.
Soins de santé primaires
L'ISP a toujours accordé une grande importance aux soins de santé primaires (SSP). Il s'agit de la pierre angulaire qui permet de garantir l'accès universel à des soins de santé de qualité. Dans la déclaration que nous avons soumise, nous avons souligné le rôle central de nos membres dans les soins de santé primaires à travers le monde. Il s'agit notamment des agents de santé communautaire, des responsables de l'hygiène de l'environnement, des infirmièr.e.s, des médecins et d'un large éventail d'autres technologues, technicien.ne.s et assistant.e.s en matière de santé.
Nous avons accueilli favorablement le Rapport du Directeur général de l'OMS sur les soins de santé primaires et avons souligné que "la priorisation des soins de santé primaires nécessite un investissement adéquat et une implication politique du personnel des soins de santé primaires".
Le rapport informe également les membres de l'EB du lancement par l'OMS d'un programme de recherche " axé sur des modèles de paiement mixtes pour les soins de santé primaires " et du " programme d'apprentissage de pair à pair de l'OMS, mené conjointement avec le Fonds de financement mondial et la Banque mondiale ". L'ISP a critiqué ce modèle, soulignant qu'il pèserait à long terme sur les pays à revenus moyens et faibles.
Au lieu d'adopter cette approche qui accentuerait la marchandisation de la santé, l'ISP a exhorté "les États membres à faire pression en faveur d'une réforme fondamentale de l'architecture financière mondiale", notant que l'augmentation du soutien technique et financier aux soins de santé primaires devrait être "ancrée dans la solidarité internationale, l'appropriation publique et la responsabilisation".
Recrutement international de personnel de santé
Le Conseil exécutif a reçu le Rapport final du Groupe Consultatif d'Expert.e.s de l'OMS sur le Code de Pratique mondial de l'OMS pour le recrutement international des personnels de santé. Ce Code a été adopté par la 63ème Assemblée mondiale de la Santé en 2010. Les États membres de l'OMS sont tenus de rendre compte de sa mise en œuvre par les gouvernements de leurs pays tous les trois ans, et le Code est réexaminé tous les cinq ans. Le Code a donc fait l'objet d'un troisième examen l'année dernière. Le Groupe Consultatif d'Expert.e.s (EAG) a été constitué à cet effet et a commencé ses travaux en 2024. L'ISP a fait partie de ce groupe, qui a présenté son rapport intérimaire à la 78ème Assemblée mondiale de la Santé en mai dernier. Le rapport final qui en est issu reflète les résultats des consultations supplémentaires menées avec les États membres au sein des organisations régionales de l'OMS.
L'ISP s'est félicitée de l'examen effectué par l'EAG et a appelé à " redoubler d'efforts pour mettre fin à l'exploitation systématique des travailleurs.euses migrant.e.s de la santé ". Les travailleurs.euses migrant.e.s de la santé et des soins se voient souvent refuser les droits fondamentaux du travail, souffrent d'emplois précaires, de déqualification et de non-reconnaissance de leurs compétences. Pour remédier à ces problèmes, l'ISP a demandé une réglementation stricte des activités des sociétés de recrutement afin de garantir une migration équitable et éthique. Nous avons également souligné que les accords bilatéraux de migration de main-d'œuvre (BLMA) dans le secteur devaient être transparents et négociés dans le cadre d'engagements tripartites, tant dans les pays d'origine que dans les pays de destination. Nous avons insisté sur le fait que la migration des travailleurs.euses de la santé "doit profiter équitablement à toutes les parties, en plaçant les droits des travailleurs.euses au centre des préoccupations".
Progrès dans la réalisation des objectifs de développement durable liés à la santé
Le Directeur général a présenté le sixième rapport de l'OMS sur l'étendue des progrès en matière de santé dans le Programme de développement durable à l'horizon 2030. Ce rapport est décevant : " le monde reste nettement en retard sur la réalisation des Objectifs de développement durable liés à la santé d'ici à 2030 ".
L'ISP a souligné la nature systémique du problème, notant que "des OMD aux ODD, l'histoire a été la même". Le monde avait osé rêver de "la santé pour tous et toutes en l'an 2000" lors de la Conférence internationale sur les soins de santé primaires qui s'est tenue à Alma Ata en 1978. Mais il ne s'agissait pas d'un rêve vide de sens. La Déclaration d'Alma Ata a mis en évidence l'interdépendance entre l'état de santé des personnes et les inégalités sociales.
Ainsi, la réalisation de l'objectif des soins de santé universels reposait sur la vision d'un ordre économique international qui place la santé des personnes avant la richesse et les considérations géopolitiques. Toutefois, cette vision a été abandonnée au profit d'une économie politique mondiale fondée sur le fondamentalisme du marché libre et des partenariats publics-privés mondiaux dirigés par des fondations philantrocapitalistes dans le secteur de la santé en tant que plates-formes "multipartites".
L'ISP a exhorté les États membres à transformer l'architecture financière mondiale et le système de santé publique de toute urgence et dans un esprit renouvelé afin de parvenir à un changement qualitatif par rapport à la trajectoire actuelle. La réponse à la pandémie de COVID-19, comme nous l'avons affirmé, montre que "des changements radicaux peuvent être rapidement apportés".
Le travail de l'OMS dans les situations d'urgence sanitaire
L'ISP a reconnu le travail de l'OMS dans les situations d'urgence sanitaire malgré de sévères coupes budgétaires et a salué les efforts du Secrétariat de l'OMS. Nous avons souligné que " les urgences sanitaires, où qu'elles se produisent, peuvent devenir un problème pour tous les pays ". Par conséquent, tous les États membres, en particulier ceux du Nord, doivent renforcer leur soutien matériel aux travaux du programme d'urgence sanitaire dans le monde entier et consolider son architecture mondiale, dans notre intérêt collectif.
Nous avons exprimé notre inquiétude face à l'horreur des attaques contre les établissements de santé et à l'assassinat d'agents de santé et de patient.e.s. Nous avons déclaré sans ambages que cela était "inacceptable". Et nous avons ajouté qu'il ne suffit pas que l'OMS identifie les cas de telles attaques. Il est temps pour l'OMS d'intégrer la protection du personnel de santé et la sécurité des infrastructures de santé en tant que priorités essentielles dans le cadre de la préparation aux situations d'urgence. Et cela devrait être lié à la mise en place par les États membres de mécanismes de responsabilisation et de prévention, fondés sur le droit humanitaire international.
L'ISP a exprimé son appréciation de la complexité de chaque crise humanitaire. Cependant, nous avons également saisi l'occasion pour attirer l'attention des États membres de l'OMS sur la nécessité urgente de prendre des mesures décisives pour faire face à la situation extrêmement difficile au Soudan.
Conditions sanitaires dans le territoire palestinien occupé
Une fois de plus, nous avons exprimé notre profonde inquiétude en tant qu'ISP face à la crise humanitaire catastrophique en Palestine et nous avons appelé les États membres de l'OMS à s'attaquer à ce problème avec une ferme détermination. 94% des installations sanitaires dans le territoire palestinien occupé ont été endommagées, selon le Directeur général dans son rapport. Et à peine la moitié d'entre eux peuvent fonctionner, ne serait-ce que dans une certaine mesure. Comment les services de santé peuvent-ils être fournis dans ces conditions ?
Nous avons également trouvé choquant qu'il y ait un déficit de financement de 81,9 % pour le soutien de l'OMS à la réponse d'urgence dans le territoire. Nous avons donc exhorté les États membres à apporter une contribution adéquate.
Le Directeur général a également indiqué que 1 581 travailleurs.euses de la santé ont été tué.e.s et 359 détenu.e.s, dont 180 sont toujours en détention malgré le cessez-le-feu. L'ISP a toujours pris clairement position contre le ciblage des personnels de santé dans les zones de conflit. Les professionnel.le.s de la santé ne sont et ne doivent pas devenir des cibles pour être tué.e.s, mutilé.e.s ou détenu.e.s. Cela doit cesser. Nous avons demandé aux États membres de l'OMS d'exiger la libération immédiate de tous les professionnel.le.s de la santé encore incarcéré.e.s en Palestine et de collaborer avec les syndicats de personnel soignant palestiniens. Ceux-ci sont affiliés à l'ISP et sont en première ligne dans les conditions les plus débilitantes.
L'économie de la santé pour tous et toutes
Le Conseil exécutif a examiné le Rapport du Directeur général, qui a présenté un Projet de stratégie sur l'économie de la santé pour tous et toutes, 2026-2030. L'OMS a mis en place un Conseil sur l'économie de la santé pour tous et toutes en novembre 2020, "pour recadrer la santé pour tous et toutes en tant qu'objectif de politique publique". En 2023, la 77ème Assemblée mondiale de la Santé a reçu le Rapport du Conseil, présidé par le Professeur Mariana Mazzucato.
À l'époque, on s'attendait à ce que ce rapport marque "une étape importante dans la structuration des économies mondiales afin de donner la priorité à la santé et au bien-être pour tous et toutes". Mais le projet de stratégie pour la mise en œuvre de ce rapport, issu de la consultation du Secrétariat de l'OMS avec les États membres, était, comme l'a souligné l'ISP lors de la réunion, " inadéquat pour parvenir à une action transformatrice centrée sur la santé dans la prise de décision économique ".
Nous avons insisté sur le fait que la santé représente bien plus que le bien-être et qu'elle devrait être traitée comme telle. Il s'agit en fait du plus fondamental des droits humains. Mais la santé pour tous et toutes ne peut être atteinte que dans le cadre d'un choix politique visant à réformer structurellement l'économie politique mondiale, à décommodifier les soins de santé, à limiter le pouvoir des entreprises et à faire passer sans ambiguïté les personnes et la planète avant le profit.
L'ISP a fait valoir que le problème n'est pas un manque de richesse. Il s'agit d'un problème systémique qui nécessite des mesures fondamentales pour l'aborder en tant que tel. Les inégalités en matière de santé sont liées aux inégalités sociales et géopolitiques. Nous avons donc exhorté les États membres à prendre des mesures audacieuses qui feraient la différence, en leur disant que " les générations à venir vous demanderont ce que vous avez fait à cette heure pour faire du monde un endroit meilleur où la santé des personnes, et non la richesse de quelques-uns, est ce qui compte vraiment ".
Manifestation parallèle ISP/UNU/SID/G2H2 sur l'économie de la santé pour tous et toutes
Les activités de l'ISP liées à l'EB158 ne se sont pas limitées à un engagement dans le cadre de la réunion du Conseil exécutif. Avant même le début de cette rencontre, nous avons organisé un pré-événement en ligne. Celui-ci faisait partie de la série de dialogues politiques organisés par le Geneva Global Health Hub (G2H2). Nous avons fait entendre la voix des travailleurs.euses de la santé dans les zones de conflit lors du dialogue politique auquel ont participé des décideurs politiques des États membres de l'OMS et du système des Nations unies, des responsables syndicaux.ales et des organisations de la société civile.
Au cours de la réunion de l'EB158, nous avons co-organisé un événement parallèle sur la financiarisation et l'économie de la santé pour tous et toutes. Ce petit-déjeuner, qui s'est tenu le mercredi 4 février, a été organisé par l'ISP aux côtés de l'Institut international pour la Santé mondiale de l'Université des Nations Unies (UNU-IIGH), du Geneva Global Health Hub (G2H2) et de la Société pour le développement international (SID).
Les intervenant.e.s du programme ont attiré l'attention sur les dynamiques de pouvoir qui conduisent à la marchandisation de la santé et qui compromettent la réalisation des objectifs fixés par le Conseil dirigé par M. Mazzucato. La session, présidée par Bàbá Ayé, Responsable du secteur de la Santé et des Services sociaux de l'ISP, qui est également co-président du G2H2, a également permis à plusieurs États membres qui se sont joints à la discussion de faire part de leurs préoccupations quant à la manière dont les recommandations du Conseil pourraient être mises en œuvre.
Conclusion
La réunion du Conseil exécutif s'est achevée sur une note d'espoir, malgré le contexte difficile dans lequel elle s'est déroulée. Les résolutions de l'EB158 seront présentées à la 79ème Assemblée mondiale de la Santé qui se tiendra du 18 au 23 mai, également à Genève.
Malgré les raisons de se réjouir, face aux défis auxquels l'OMS est confrontée, nous avons également trouvé inquiétant le refus d'admettre le renouvellement des relations officielles de certaines organisations de la société civile avec l'OMS en raison de leurs orientations politiques, notamment en matière de droits sexuels et reproductifs. L'ISP s'est donc jointe à trente-trois autres acteurs non étatiques entretenant des relations officielles avec l'OMS pour soumettre une déclaration présentée par le Save the Children Fund, à la fin de l'EB158.
Il est également significatif que le Président du Conseil exécutif, M. Blair Comley, qui a animé la réunion avec précision et profondeur, ait désigné l'ISP comme acteur non étatique pour la couleur et la profondeur de ses interventions.
Au cours des mois qui précéderont la 79ème Assemblée mondiale de la Santé, nous consulterons nos affiliés du secteur de la santé et des services sociaux sur les questions qui se posent. Du niveau national à la sphère mondiale, nous mettrons en avant les préoccupations des travailleurs.euses de la santé et des soins et la défense des biens communs pour la postérité, avec le pouvoir syndical - aujourd'hui et inlassablement.