Renforcement de l'organisation sociale des soins et de l'équité salariale entre les hommes et les femmes dans le secteur public

Lors d'une réunion de la Journée internationale de la Femme à Jakarta, l'ISP et les syndicats indonésiens ont discuté de l'équité salariale entre hommes et femmes et des soins, en soulignant les inégalités structurelles et en exposant les stratégies syndicales visant à faire progresser la justice pour les travailleuses.

Pour l'ISP et ses affiliés en Indonésie, la Journée internationale de la Femme (JIF) n'est pas simplement un moment de commémoration, mais s'inscrit dans un mouvement de longue date, enraciné dans la lutte des travailleurs.euses. Ce mouvement ne concerne pas seulement les droits économiques, mais aussi la dignité, la justice et une vie décente pour tous les travailleurs.euses. Si des progrès importants ont été réalisés au fil des ans, des défis considérables subsistent en raison des inégalités structurelles, des intérêts des entreprises et d'un environnement politique qui, souvent, ne protège pas les travailleurs.euses de manière adéquate.

Malgré un développement économique rapide, l'exploitation des travailleurs.euses se poursuit. Les travailleuses subissent cette exploitation à deux niveaux simultanément : en tant que salariées sur le lieu de travail et en tant que prestataires de soins non rémunérés au sein du foyer.

Même dans le secteur public et les entreprises d'État, l'Indonésie reste confrontée à un écart salarial important entre les hommes et les femmes. À travail égal, les femmes gagnent en moyenne 23% de moins que les hommes. Dans le même temps, la participation économique des femmes n'a augmenté que marginalement. Des normes sociales profondément enracinées continuent de faire des femmes les principales pourvoyeuses de soins et des hommes les soutiens de famille. Les politiques sur le lieu de travail tiennent rarement compte de ces réalités, ce qui oblige les femmes à concilier travail rémunéré et responsabilités disproportionnées en matière de soins.

Dans ce contexte, l'ISP et ses sept affiliés en Indonésie ont organisé une réunion le 9 mars 2026, intitulée "Addressing the Care Economy for Gender Pay Justice in the Public Sector" (Aborder l'économie des soins pour une justice salariale entre hommes et femmes dans le secteur public). La réunion, qui s'est tenue à Jakarta, a rassemblé des responsables syndicaux.ales et des militant.e.s pour discuter de l'inégalité entre les genres sur le lieu de travail et élaborer des stratégies de plaidoyer concrètes.

Kate Lappin, Secrétaire régionale de l'ISP Asie-Pacifique, était l'oratrice principale. Elle a été rejointe par Herni Ramdlaningrum, spécialiste des questions de genre et du développement inclusif et Directrice adjointe de l'Institut SRI. La discussion a été animée par Evi Krisnawati, Présidente générale de FSP FARKES Reformasi et représentante féminine de l'ISP NCC Indonésie.

Kate Lappin, Secrétaire régionale, ISP Asie-Pacifique

Le mouvement syndical est fondamentalement un mouvement d'entraide. Nous nous battons pour le bien-être des autres, même de ceux que nous ne connaissons pas

Travail de soins et inégalité entre les hommes et les femmes

La discussion s'est concentrée sur trois questions inter-dépendantes : l'inégalité salariale entre les hommes et les femmes, la reconnaissance de l'organisation sociale des soins et les obstacles structurels auxquels sont confrontées les femmes travaillant dans les services publics.

Ces questions sont particulièrement visibles dans des secteurs tels que la santé, l'éducation et les services sociaux, où les femmes représentent une grande partie de la main-d'œuvre. Les travailleuses se trouvent souvent dans une situation paradoxale : leur travail est essentiel au fonctionnement de la société, mais il est souvent sous-évalué, sous-payé et associé à des perspectives de carrière limitées.

Dans sa présentation, Kate Lappin a souligné le rôle central de l'organisation sociale des soins dans le maintien de la vie sociale et économique. Cependant, une grande partie de ce travail - souvent effectué par des femmes - reste mal reconnue.

"Le mouvement syndical est fondamentalement un mouvement de soins. Nous nous battons pour le bien-être des autres, même de celles et ceux que nous ne connaissons pas", a déclaré Kate. Pour elle, défendre le secteur des soins ne consiste pas seulement à faire progresser les droits des femmes, mais aussi à construire une société plus juste.

Elle souligne que les syndicats doivent jouer un rôle plus important dans la demande d'une reconnaissance et d'une rémunération équitables du travail de soins. Malgré son importance, le travail de soins est souvent confronté à l'inégalité salariale, à une reconnaissance limitée et à un accès restreint des femmes aux postes de direction.

L'égalité des genres au sein des syndicats

Les participant.e.s se sont également interrogé.e.s sur la manière dont les syndicats eux-mêmes peuvent donner la priorité à l'égalité entre les hommes et les femmes.

Irma Rahmawati, du syndicat PLN, a demandé comment les syndicats pouvaient promouvoir l'égalité salariale et la reconnaissance du travail des femmes lorsque les structures de direction restent largement dominées par les hommes. Elle s'interroge sur la manière d'encourager les hommes syndiqués à considérer l'égalité des genres comme une question centrale.

Kate reconnaît qu'il est difficile de faire de l'égalité des genres une priorité au sein des syndicats, étant donné leur ancrage historique dans des structures de travail dominées par les hommes. Elle a toutefois souligné que l'inégalité salariale nuit en fin de compte à tous les travailleurs.euses.

"Si les femmes peuvent être moins bien payées, les employeurs résisteront à l'idée d'augmenter également les salaires des hommes. L'augmentation des salaires des femmes profite à tous les travailleurs", a-t-elle déclaré.

Pour Kate, l'égalité salariale n'est donc pas seulement une question de femmes, mais une question de classe. Le dialogue avec les hommes syndiqués est essentiel pour qu'ils comprennent que l'amélioration des conditions de travail des femmes renforce la position de l'ensemble de la main-d'œuvre.

Elle a également souligné l'importance de développer le leadership des femmes au sein des syndicats et d'encourager une plus grande participation des jeunes travailleurs.euses, qui sont souvent plus engagé.e.s en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes.

"Les syndicats ne survivront pas sans les jeunes générations. Lorsque les jeunes travailleurs.euses reconnaissent que l'égalité entre les hommes et les femmes est dans leur intérêt, les syndicats doivent prendre cela au sérieux", a-t-elle déclaré, tout en soulignant que ces changements dépendent d'une forte organisation des travailleurs.euses et du pouvoir collectif.

Transparence des salaires et obstacles structurels

Le manque de transparence des systèmes salariaux est une autre question soulevée au cours de la discussion. Agus Naini Siregar, du syndicat PLN, a fait remarquer que les travailleurs.euses ignorent souvent comment les salaires sont déterminés, ce qui ouvre la voie à la discrimination et aux pratiques déloyales.

Kate a souligné que la transparence est essentielle pour des relations industrielles équitables. Les syndicats doivent avoir accès aux informations sur les structures salariales pour garantir l'égalité. Elle a cité le système australien du "droit d'entrée", qui permet aux représentants syndicaux d'inspecter les documents de l'entreprise relatifs aux paiements des salaires.

"Sans transparence des salaires, les travailleurs.euses sont extrêmement vulnérables à l'exploitation, car personne ne peut vérifier s'ils/elles perçoivent leurs droits légitimes", a-t-elle expliqué.

Elle a également établi un lien entre l'inégalité salariale et des obstacles structurels plus larges, tels que le plafond de verre, qui limite l'accès des femmes aux postes de direction. Les politiques qui permettent aux hommes et aux femmes de partager les responsabilités en matière de soins, comme le congé parental, sont donc essentielles.

Herni Ramdlaningrum Directrice adjointe, SRI Institute

"Lorsque le travail de soins est monétisé, il est souvent sous-évalué, simplement parce qu'il est considéré comme un travail de femme, ce qui équivaut à une pénalité salariale.

Reconnaître la valeur du travail de soins

Après la présentation de Kate, Herni Ramdlaningrum a poursuivi la discussion en se concentrant sur l'organisation sociale des soins et en la reliant au thème de la JIF 2026 "Droits, justice et action".

Le travail de soins comprend les activités quotidiennes qui soutiennent la vie, telles que la garde des enfants, la cuisine, le nettoyage, les soins aux malades et le soutien aux membres âgé.e.s de la famille. Bien qu'elles soient traditionnellement considérées comme des responsabilités féminines, ces activités représentent des contributions économiques majeures.

Sur la base d'enquêtes sur l'emploi du temps menées à East Nusa Tenggara (NTT) et West Nusa Tenggara (NTB), Herni a expliqué que si le travail de soins non rémunéré des femmes était monétisé, sa valeur pourrait être égale à trois fois le salaire minimum gagné par leurs maris.

Elle a également décrit le travail de soins non rémunéré comme une "subvention invisible" soutenant l'économie formelle, car de nombreux hommes sont en mesure de travailler à temps plein parce que les femmes effectuent un travail non rémunéré à la maison.

Vers un changement de politique concret

Herni a proposé d'utiliser le cadre des 5R de l'OIT comme guide politique pour aborder le travail de soins :

  • Reconnaître le travail de soins

  • Récompenser équitablement les travailleurs.euses du secteur des soins

  • Réduire la charge du travail de soins non rémunéré

  • Redistribuer plus équitablement les responsabilités en matière de soins

  • Représenter les travailleurs.euses du secteur des soins dans la prise de décision

Elle a souligné la nécessité d'investissements publics et privés dans les infrastructures de soins, y compris les services de garde d'enfants, la protection de la maternité, le congé de paternité, les centres d'allaitement et la protection sociale des travailleurs.euses sociaux.ales. Pour les syndicats, ces questions peuvent être abordées par le biais de conventions collectives, de politiques sur le lieu de travail et d'actions de sensibilisation du public.

Lors de la dernière session, les participant.e.s ont élaboré des recommandations concrètes en matière de plaidoyer. Un groupe s'est concentré sur la promotion du principe "à travail égal, salaire égal", appelant à une application plus stricte des lois anti-discrimination et à une plus grande transparence des salaires. Un autre groupe a souligné la nécessité d'intégrer les questions de soins dans les politiques d'entreprise et les réglementations nationales du travail, y compris le soutien aux travailleurs.euses ayant des responsabilités familiales.

Un long combat à mener

Les discussions ont mis en évidence le fait que la réalisation de l'égalité entre les hommes et les femmes sur le lieu de travail nécessite une organisation soutenue, des alliances solides et un engagement politique. Herni a conclu en lançant un avertissement sévère : "Si nous ne prenons pas de réelles mesures correctives aujourd'hui, l'égalité entre les hommes et les femmes ne sera peut-être pas atteinte avant 300 ans."

Son message souligne l'urgence d'agir. La justice entre les hommes et les femmes n'émergera pas automatiquement, il faut se battre pour l'obtenir.

A la fin de la réunion, Indah Budiarti de l'ISP et Evi Krisnawati, Représentante des femmes de l'ISP NCC Indonésie, ont souligné que les recommandations de la réunion feraient partie d'un programme de plaidoyer concret pour les affiliés de l'ISP en Indonésie.

L'ISP a réaffirmé son engagement à aider les syndicats à transformer ces discussions en véritables changements politiques et pratiques sur le lieu de travail.

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