L'ISP demande le respect des droits des travailleurs.euses dans le secteur de l'eau et que l'eau soit considérée comme un bien public

L'ISP a participé à la réunion préparatoire de la Conférence des Nations Unies sur l'eau qui s'est tenue à Dakar, au Sénégal, du 25 au 27 janvier 2026, en plaidant pour que l'eau et l'assainissement soient considérés comme des droits humains et des biens publics.

La première Conférence des Nations Unies sur l'Eau depuis 45 ans, qui s'est tenue à New York en 2023, a vu l'exclusion quasi totale des mouvements progressistes en faveur de la justice de l'eau, tant en termes de participation que, surtout, en termes de représentation au sein des tables rondes et d'accès à la parole. Ces instances étaient dominées par un groupe se faisant appeler la Commission mondiale sur l'Économie de l'Eau (GCEW), qui prône l'utilisation de fonds publics pour garantir les profits des investisseurs privés (les politiques de la Banque mondiale dites « de milliards à des milliers de milliards » ou de « financement innovant ») et de nouvelles formes de privatisation. La GCEW est largement financée par l’OCDE et le gouvernement des Pays-Bas. La stratégie d’investissement de la Banque mondiale dans le domaine de l’eau est un échec pour le secteur de l’eau et de l’assainissement, avec moins de 2% des financements privés consacrés aux infrastructures et aux services : cela s’explique par le fait que les profits ne sont ni assez rapides ni assez élevés pour attirer les investisseurs privés.

La prochaine Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026 est prévue du 2 au 4 décembre aux Émirats Arabes Unis. Cette fois-ci, divers réseaux de la société civile qui se concentrent sur la défense de l’eau et de l’assainissement en tant que droit fondamental et bien public, ainsi que sur la promotion de la justice en matière d’eau, sont mieux préparés, en grande partie grâce au travail infatigable de Pedro Arrojo-Agudo, le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits à l’eau et à l’assainissement, qui a commencé dès 2023 à se mobiliser au sein de l’ONU et auprès des États membres pour une plus grande participation. L'ISP participe depuis longtemps à ces efforts et à ces luttes, et est membre fondateur du Forum des Peuples pour l'Eau (PWF), le réseau d'ONG et de syndicats de l'eau créé il y a plus de 20 ans. Son groupe central est composé du Conseil des Canadien.ne.s/Blue Planet Project ; du Conseil Œcuménique des Églises, qui dispose d'un important réseau œcuménique de l'eau ; et d'Ingenieros sin Fronteras de Catalogne (Espagne)

Le gouvernement sénégalais récemment élu a organisé en janvier 2026 une réunion préparatoire à la conférence de décembre, au cours de laquelle les « parties prenantes » ont travaillé sur les six domaines thématiques la veille de la réunion « de haut niveau » de deux jours. L'orientation politique de gauche progressiste du gouvernement actuel (Diomaye Faye et Ousmane Sonko) marque un changement notable en matière de politique de l'eau par rapport au précédent gouvernement de centre-droit du Président Macky Sall (2012-2024), qui avait accueilli le Forum mondial de l'eau de 2022, organisé par les entreprises.

Bien que les parties prenantes aient été admises à la réunion de Dakar, beaucoup n’ont pas pu se rendre sur place (problèmes de budget, de visas) et aucune infrastructure hybride n’était disponible.

Les 6 thèmes et les pays qui coordonneront les travaux en vue de la Conférence des Nations unies sur l’eau sont les suivants :

  1. L’eau pour les populations : Ghana et Suisse

  2. L’eau pour la prospérité : Chine et Espagne

  3. L’eau pour la planète : Égypte et Japon

  4. L’eau pour la coopération : Finlande et Zambie

  5. L'eau dans les processus multilatéraux : Allemagne et Mexique

  6. Investissements pour l'eau : France et Afrique du Sud

Cette réunion de haut niveau de deux jours a donné la priorité aux interventions des États membres, des agences des Nations Unies et des expert.e.s, laissant peu de place aux voix des communautés. Cependant, nos messages issus de la « réunion des parties prenantes » ont été résumés par les six rapporteurs.euses.

Quelques messages clés des parties prenantes :

  • Le contrôle privé de l’eau, que ce soit par le biais du financement, de la gestion ou d’autres moyens, est inacceptable, pour diverses raisons.

  • L’ONU devrait institutionnaliser les réunions sur l’eau, en les organisant tous les 2 à 3 ans, avec des mécanismes participatifs qui reflètent les asymétries de pouvoir entre les États, mais aussi entre la société civile, les États et les entreprises. Ces réunions de l’ONU devraient être clairement distinctes du Forum mondial de l’Eau, organisé tous les trois ans par les entreprises et la Banque mondiale.

  • Il faut établir une distinction claire entre les « parties prenantes » – qui peuvent désigner n’importe qui – et les « titulaires de droits » ; et se concentrer sur celles et ceux qui ne peuvent pas jouir de leurs droits à l’eau et à l’assainissement, en leur permettant de s’exprimer lors des réunions de l’ONU, auprès des États membres, des ONG, etc. Cela nécessite un effort supplémentaire pour garantir non seulement leur « participation », mais aussi leur capacité à influencer les décisions et les actions.

La stratégie de l’ISP lors des réunions de l’ONU sur l’eau a consisté à faire pression pour que les questions fondamentales du travail soient intégrées dans les agendas progressistes plus larges des droits humains, des services publics, de la justice sociale, de la protection de l’environnement et du changement climatique. L’ISP mène la résistance contre la privatisation, étant donné que les acteurs privés actifs dans le secteur de l’eau ont tendance à rechercher la maximisation des profits en réduisant les salaires et les avantages sociaux, en externalisant les emplois et en affaiblissant les syndicats, tout en tirant profit d’une ressource indispensable pour la vie et pour la planète. Les ONG et les associations de consommateurs.trices se concentrent souvent sur le manque de transparence et de responsabilité des opérateurs privés, sur les hausses tarifaires et les problèmes d’accès et de qualité. L’ISP joue également un rôle de premier plan en matière de remunicipalisation et de partenariats public-public, dans le cadre desquels des services publics solides aident les plus faibles – notamment par le biais des programmes de partenariats entre opérateurs de l’eau (WOP) de la branche GWOPA d’ONU-Habitat, principalement par la formation et le développement du personnel. Des services publics plus solides profiteront à nos membres.

Pedro Arrojo-Agudo a aussi proposé de créer une Plateforme sociale de l’eau au sein du système de l’ONU pour l’eau qui doit être mis en place, ce qui permettrait de rassembler davantage de groupes, d’acteurs et d’institutions axés sur l’eau. Les préparatifs de la réunion préliminaire du Forum des Peuples pour l’Eau (PWF) et la coordination avec les groupes alliés ont largement contribué à instaurer une atmosphère favorable aux populations tout au long du processus préparatoire. Il sera essentiel de maintenir ces collaborations et cette dynamique à l’approche de la principale Conférence de l’ONU sur l’eau.

Le Réseau pour la Justice de l’Eau de l’ISP, dont nous sommes membres, devrait se concentrer sur les 12 gouvernements qui codirigent les six domaines thématiques. Nos priorités communes incluront la demande d’une plus grande inclusivité et d’une approche de la gouvernance de l’eau fondée sur les droits humains, ce qui contribuera à encadrer l’élaboration des politiques.

David Boys, représentant l’ISP, s’est exprimé lors de la session des parties prenantes sur les investissements dans l’eau et a déclaré : « Partout où l’accès universel aux services d’eau et d’assainissement est assuré, cela n’est possible que grâce à un financement, une gestion et une exploitation publics massifs. Or, on entend aujourd’hui que les fonds publics doivent servir à attirer des financements privés… des financements mixtes et innovants. Mais les financements privés ne peuvent pas ou ne veulent pas prendre en charge les cycles d’investissement s’étalant sur plusieurs décennies qui sont nécessaires – en partie parce que les populations pauvres n’ont pas assez d’argent pour répondre aux besoins des BlackRock de ce monde. Ils ne s’intéressent donc pas à l’eau. » David a indiqué qu’une réforme fiscale mondiale et un allègement de la dette sont nécessaires de toute urgence, pour tous les ODD, et pas seulement pour l’eau.

Lors d’une table ronde avec Radio France Internationale (RFI), David a souligné que les partenariats public-privé (PPP) ne fonctionnent pas car le « partenaire » privé doit maximiser ses profits et verser des dividendes aux actionnaires, ce qui l’empêche de répondre aux priorités sociales et environnementales du gouvernement. Dans le domaine de l’eau, on ne peut pas réduire le coût des produits chimiques et des procédés de traitement de l’eau, ni celui de l’électricité nécessaire pour pomper l’eau des réservoirs vers les stations d’épuration puis vers les foyers. Le seul coût à réduire est celui du personnel, ce qui nécessite d’abord d’affaiblir les syndicats et de s’en prendre à leurs dirigeant.e.s..

Déclarations publiées à Dakar :

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