Organisation mondiale de la Santé Les États-Unis quittent l'OMS à la veille de la réunion de son Conseil exécutif
Les États-Unis se sont officiellement retirés de l'OMS le 22 janvier 2026, invoquant une prétendue " mauvaise gestion " du COVID-19 et un " centrage sur la Chine ", ce qui a privé l'agence d'environ 20% de son financement. La semaine prochaine (du 2 au 7 février), l'ISP se joindra à la réunion du Conseil exécutif de l'OMS pour représenter les travailleurs.euses de la santé et des soins et plaider en faveur d'une collaboration internationale plus forte.
Baba Aye
La sortie des États-Unis de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), sous la présidence de Donald Trump, est devenue officielle le 22 janvier 2026. Le Président Trump a enclenché le processus de retrait par un décret, comme l'un des premiers actes de son retour au pouvoir il y a un an.
Il s'agit d'un préjudice matériel considérable pour l'OMS. Les contributions des États-Unis représentaient un cinquième du budget annuel de l'organe spécialisé des Nations unies chargé d'assurer le leadership international en matière de santé. Selon des fonctionnaires du ministère américain de la santé et des services sociaux, se faisant l'écho de D. Trump, cette mesure a été prise en raison de la supposée "mauvaise gestion" par l'OMS de la pandémie de COVID-19, de l'influence excessive de certains autres États membres et de l'absence de réformes internes.
Les contributions des États-Unis s'élevaient à un cinquième du budget annuel de l'organe spécialisé des Nations unies chargé d'assurer le leadership international en matière de santé.
Ce sont les mêmes raisons que celles invoquées par Donald Trump lors de sa première présidence, lorsqu'il a lancé le processus de retrait des États-Unis de l'OMS, après l'avoir décrite comme une organisation internationale "centrée sur la Chine" qui avait "vraiment foiré" dans le dossier du coronavirus. Toutefois, la plupart des personnes ont considéré à l'époque que cette décision n'était rien d'autre qu'un geste inconsidéré pour sauver la face. Les preuves, y compris celles fournies par des universitaires américain.e.s et des expert.e.s en santé publique, ont montré que Donald Trump avait très mal géré la réponse au COVID-19 aux États-Unis. Lorsque Joe Biden est devenu Président, il a annulé ce retrait avant qu'il ne soit effectif. Cette fois-ci, le processus ayant été lancé au début de son mandat de quatre ans et non à la fin, la santé mondiale et le monde dans son ensemble doivent faire face à cette farce tragique.
L'impact se fait déjà sentir. Avant même que la sortie ne soit scellée il y a quelques jours, et malgré l'espoir de l'OMS qu'ils reconsidèrent leur position, les États-Unis avaient refusé de payer leurs cotisations obligatoires (appelées contributions dans le jargon de l'OMS) pour 2024 et 2025, bien qu'elles soient contraignantes. Ce drame de l'absurde s'inscrit dans un contexte plus large d'attaques contre le système multilatéral, pimenté par les mensonges les plus scandaleux et la diplomatie du canon. Au cours de la première semaine de l'année, les États-Unis se sont également retirés de 31 entités des Nations unies et de 35 organisations multilatérales n'appartenant pas aux Nations unies.
Cependant, aussi importants que soient tous ces éléments, le retrait de l'OMS est de la plus haute importance. La pandémie de COVID-19 a montré le caractère essentiel de la santé internationale pour l'humanité. Les agents pathogènes et les maladies qu'ils provoquent ne connaissent pas de frontières. La collaboration internationale est nécessaire pour préserver la santé publique. La capacité de l'OMS à remplir ses fonctions essentielles a été amoindrie par cette forte réduction des fonds auxquels elle a accès.
Le budget de l'OMS pour 2024-2025 était de 6,8 milliards de dollars. L'année dernière, elle avait initialement prévu 5,3 milliards de dollars pour l'exercice biennal 2026-2027. Ce montant a dû être réduit à 4,2 milliards de dollars. Mais même avec cela, il manque encore 1,7 milliard de dollars pour respecter ce budget réduit. Les pertes d'emploi ont été considérables, touchant un quart du personnel mondial de l'OMS. Plus de 1 200 membres du personnel du Secrétariat de l'OMS à Genève et dans le monde entier ont été licencié.e.s. Des départements ont été fusionnés et, dans certains cas, déplacés du Secrétariat vers d'autres parties du monde. Des programmes et des projets d'une immense valeur pour des millions de personnes, en particulier dans les pays du Sud global, ont été affectés.
Le gouvernement des États-Unis présente une image d'auto-suffisance, affirmant qu'il relèvera les défis de la surveillance des maladies et du partage des agents pathogènes par le biais d'accords bilatéraux avec les pays avec lesquels il choisira d'entrer en relation. Le pays s'est également retiré des négociations qui ont abouti à la signature historique d'un Traité sur les pandémies lors de l'Assemblée mondiale de la Santé en mai dernier. Il est également absent des négociations en cours sur l'accès aux agents pathogènes et le partage des avancées au sein de l'OMS. Mais cette fausse confiance pourrait s'avérer perfide. Le retrait des États-Unis de l'OMS met le pays et la santé de ses propres citoyen.ne.s en danger, surtout en cas de nouvelle pandémie.
Face à la situation actuelle, les points de vue et les intérêts divergent quant à la voie à suivre pour l'OMS et le reste du monde. Lors de la dernière Assemblée mondiale de la Santé, les États membres de l'OMS ont voté une augmentation de 20% de leurs contributions pour l'exercice biennal 2026-2027, l'objectif étant de porter cette augmentation à long terme à 50%. L'objectif est d'augmenter la base budgétaire de l'OMS tout en supprimant l'ancienne situation dans laquelle un hégémon se permettait de jouer au "grand patron", y compris la possibilité de lui retirer ses jouets en réponse à ses caprices.
Un autre aspect des considérations émergentes sur ce qu'il convient de faire, qui pourrait être moins bénin, est la diversification de la base des donateurs, qui pourrait voir une influence accrue des fondations philantro-capitalistes, déjà trop influentes, et même des entités du secteur privé. Bien que ce recours au multi-partenariat puisse contribuer à apporter de l'argent affecté et même non affecté aux travaux de l'OMS, nous avons vu comment de tels partenariats publics-privés mondiaux permettent de faire passer le profit avant les personnes, lorsque les choses se gâtent.
L'insistance de la Fondation Bill et Melinda Gates (l'équivalent des États-Unis dans l'actuelle "ligue des nations" au sein de la ligue des fondations philantro-capitalistes) à faire des génuflexions mondiales sur l'autel des droits de propriété intellectuelle a contribué à ce que certains ont qualifié à l'époque d'"apartheid vaccinal" et d'autres d'"impérialisme vaccinal". Quoi qu'il en soit, des millions de vies supplémentaires auraient probablement pu être sauvées à cette heure si l'on avait fait passer sans ambiguïté l'être humain avant le profit. La décolonisation de la santé mondiale ainsi que la lutte pour la pleine réalisation du droit à la santé elle-même exigent que nous veillions à ce que l'industrie, sous quelque forme que ce soit, ne se voie pas accorder des pouvoirs qui seraient renforcés par un effet de levier plus important.
La 158e Session du Conseil exécutif de l'OMS se tiendra la semaine prochaine, du 2 au 7 février. Les États membres de l'OMS tiendront des discussions approfondies sur les implications de la sortie des États-Unis et sur les différentes possibilités d'y faire face. L'Internationale des Services Publics sera présente à cette réunion, en tant que porte-parole mondial des travailleurs.euses de la santé et des soins. Nous y participerons également avec un message clair : donner la priorité aux personnes et la planète avant le profit. Pour cela, il faut que les États membres de l'OMS fassent passer sans ambiguïté la santé avant la richesse. Ce sont les gouvernements, et non les entreprises, qui doivent être au cœur du financement et de la fourniture de soins de santé de qualité pour tous et toutes, dans nos différents pays et dans le monde entier.