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à New York CSW70 : La motion de non-action bloque la résolution américaine sur le "genre" dans le cadre d'un conflit mondial et d'une forte implication des syndicats
La 70e session de la Commission de la Condition de la Femme a été marquée par un événement sans précédent : une motion de non-action déposée par la Belgique a bloqué le vote d'une résolution présentée par les États-Unis qui visait à redéfinir le terme "genre" dans le cadre des Nations unies.
Nayareth Quevedo Millán
La 70ᵉ session de la Commission de la Condition de la Femme (CSW70) a été marquée par un événement sans précédent : une motion de non-action déposée par la Belgique a bloqué le vote d'une résolution présentée par les États-Unis qui visait à redéfinir le terme "genre" dans le cadre des Nations unies.
La proposition américaine, soumise dans la dernière phase du processus et sans consultation préalable, visait à établir une interprétation restrictive du concept sur la base de l'Annexe IV de la Déclaration et de la plate-forme d'action de Pékin. Cette initiative a été largement rejetée par les Etats membres, non seulement en raison de son contenu, mais aussi de la procédure utilisée.
Au nom de l'Union européenne, la Belgique a vivement critiqué le texte, notant qu'il "est factuellement incorrect" et qu'il "tente de réécrire ce qui a été soigneusement convenu il y a plus de 30 ans". Elle a également mis en garde contre le fait qu'il était inacceptable d'imposer des décisions sans négociation ni consultation, dans un forum dont la légitimité repose précisément sur le consensus.
Face à ce scénario, la Belgique a déposé une motion de non-action - une mesure exceptionnelle - pour empêcher l'examen du projet. Cette initiative a été soutenue par des pays comme le Brésil, qui ont souligné l'absence des conditions minimales requises pour une délibération multilatérale sérieuse. La motion a finalement été approuvée par 23 voix pour, 3 contre et 17 abstentions, bloquant complètement la résolution.
Les États-Unis ont critiqué cette décision, affirmant qu'elle créait un précédent qui "érode les méthodes de travail" du système multilatéral. Cependant, pour une majorité de délégations, le problème n'est pas seulement substantiel, mais aussi procédural : il s'agit d'empêcher l'introduction de nouvelles définitions sans négociation intergouvernementale.
Le plaidoyer syndical de l'ISP
Au-delà de cet épisode formel, le processus a été marqué par une intense dispute politique dans laquelle le mouvement syndical international, en particulier l'Internationale des Services Publics (ISP), a joué un rôle actif.
Nous nous sommes battues avec acharnement pour nous opposer à la proposition des États-Unis. L'effort collectif des déléguées de l'ISP a été déterminant.
Par la coordination de ses délégations - dont certaines délégations gouvernementales - la participation à des forums parallèles et le lobbying direct auprès des États membres, l'ISP a contribué à défendre des positions en faveur des cadres internationaux de protection des droits humains, dont la Plate-forme d'action de Pékin. Ce plaidoyer a été crucial pour renforcer la position de plusieurs pays qui ont défendu le langage convenu et résisté aux tentatives de recul des progrès.
Le travail coordonné entre les syndicats, la société civile et les délégations partageant les mêmes idées a également permis d'inclure des questions structurelles dans les conclusions finales, telles que l'accès à la justice dans le monde du travail, les systèmes de soins et le renforcement des services publics, dans un contexte de forte fragmentation politique.
«Nous nous sommes battues avec acharnement pour nous opposer à la proposition des États-Unis. L'effort collectif des déléguées de l'ISP a été déterminant. Nous avons longuement discuté avec la négociatrice brésilienne afin de nous assurer que notre combat soit pris en compte dans la position de notre pays. Continuons ensemble à lutter pour toutes les femmes» - Shirley Morales, Fédération nationale des infirmières, Brésil
La querelle sur le concept de genre
Les interventions des délégations ont montré que la controverse va au-delà d'une définition sémantique. D'une part, un bloc de pays - y compris les États-Unis et d'autres pays qui ont émis des réserves - a insisté pour limiter le concept de genre à une interprétation binaire basée sur le sexe biologique, subordonnant ainsi davantage les engagements internationaux à des cadres nationaux, culturels ou religieux.
D'autre part, un large groupe d'États a défendu l'intégrité des accords internationaux existants, avertissant que la réouverture de concepts déjà négociés mettait en péril des décennies de progrès en matière de droits des femmes.
Dans le même temps, une tension transversale est apparue autour du multilatéralisme ; si plusieurs pays se sont accordés pour déplorer l'absence de consensus - pour la première fois dans l'histoire de la CSW - les raisons sous-jacentes divergent profondément. Pour certains, le problème résidait dans l'inclusion de certains concepts ; pour d'autres, dans la tentative de les restreindre.
Dans ce contexte, la motion de non-action a non seulement bloqué une résolution, mais a également marqué un tournant dans la dynamique de la Commission : la dispute ne porte plus seulement sur le contenu des accords, mais également sur les règles selon lesquelles ils sont construits.
La CSW70 conclut donc en mettant en évidence une reconfiguration du débat mondial sur l'égalité entre les femmes et les hommes, dans lequel les acteurs étatiques et non étatiques - y compris le mouvement syndical - jouent un rôle de plus en plus décisif.