Conclusions concertées de la CSW70 : L'ISP se félicite des avancées en matière de droits du travail, mais met en garde contre les lacunes dans la reconnaissance des soins en tant que droit humain

Adoptées à New York le 9 mars, les conclusions s'engagent en faveur de l'égalité salariale, de la fin de la discrimination sur le lieu de travail et du renforcement des protections contre la violence et le harcèlement, tout en mettant en évidence la profonde résistance politique des États-Unis après un vote enregistré pour la première fois. Dans le même temps, le texte final ne reconnaît toujours pas les soins comme un droit humain garanti par des systèmes universels financés par l'État.

Lors de la 70ème session de la Commission de la Condition de la Femme (CSW70), l'ISP, représentée par des délégué.e.s du Royaume-Uni, du Canada et d'Amérique latine, a célébré l'adoption de conclusions concertées sur le renforcement de l'accès à la justice pour toutes les femmes et les filles. Le document, finalisé à New York le 9 mars 2026, marque un progrès significatif en matière de droits du travail et de justice sur le lieu de travail. Cependant, l'ISP met en garde contre le fait qu'il ne répond pas à une priorité essentielle du mouvement syndical mondial : la reconnaissance explicite des soins en tant que droit humain fondamental.

Les conclusions concertées réaffirment les engagements mondiaux en matière d'égalité des genres et exhortent les États à mettre en place des systèmes judiciaires inclusifs en abrogeant les lois discriminatoires, en démantelant les barrières structurelles et en garantissant des cadres juridiques équitables.

Il est important de noter que, pour la première fois en 70 ans d'histoire de la Commission de la Condition de la Femme, les conclusions concertées ont dû être adoptées par vote enregistré plutôt que par consensus. Cette mesure sans précédent résulte de la position perturbatrice et régressive des États-Unis, qui ont été les seuls à voter contre le document. Sur les 45 États membres, le décompte final a été de 37 voix pour, 1 voix contre (États-Unis) et 6 abstentions, avec une position vide (44 voix exprimées).

Du point de vue de l'ISP, le lien explicite entre les droits du travail, l'égalité des genres et l'accès à la justice dans le monde du travail constitue une avancée majeure. Le texte oblige les États à promulguer, à renforcer et à appliquer des lois garantissant le droit des femmes au travail et la pleine jouissance des protections du travail, conformément aux conventions de l'Organisation internationale du Travail (OIT).

Il fait progresser les priorités des syndicats en défendant le travail décent pour les femmes, l'égalité de rémunération pour un travail de valeur égale et l'élimination de la discrimination en matière d'emploi, y compris les préjugés fondés sur la maternité. Il s'engage à éradiquer la violence et le harcèlement au travail (un programme que l'ISP défend depuis longtemps) et affirme le droit des travailleurs.euses à se syndiquer et à négocier collectivement comme un élément essentiel de la justice du travail.

Les conclusions appellent également à la mise en place de systèmes de protection sociale solides et au passage de l'emploi informel à l'emploi formel, ce qui est essentiel dans des régions comme l'Amérique latine et l'Afrique, où des millions de femmes vivent dans des conditions précaires. Surtout, elles prévoient des recours efficaces et des mécanismes de justice en cas de violation du droit du travail, afin de garantir que les droits se traduisent dans la réalité.

En ce qui concerne les soins, le texte promet des investissements dans l'économie des soins, des systèmes de soutien plus solides et des efforts pour reconnaître, réduire et redistribuer les charges non rémunérées et disproportionnées des femmes en matière de soins et de tâches domestiques. Tout en s'appuyant sur des discussions antérieures, il ne déclare pas que les soins sont un droit humain. Cette omission risque de présenter les soins comme un produit du marché plutôt que comme un bien public et une responsabilité essentielle de l'Etat.

L'ISP considère qu'il s'agit là d'une occasion manquée. "Les soins ne sont pas simplement un secteur économique ", a déclaré Julie Bouchard, Présidente de la FIQ (Canada) et titulaire pour l'Amérique du Nord du Comité mondial des Femmes (WOC) de l'ISP. "Ils doivent être consacrés en tant que droit humain et être assurés par des systèmes publics universels qui offrent un travail décent, un financement adéquat, une protection sociale et des droits syndicaux aux travailleurs et travailleuses du secteur des soins. Reconstruire l'organisation sociale des soins signifie donner la priorité aux services publics et à des conditions dignes pour celles et ceux qui les fournissent.

Les conclusions de la CSW70 représentent un réel progrès dans une dynamique multilatérale difficile, mais elles soulignent les limites du consensus actuel. Pour l'ISP, la voie à suivre consiste à plaider en faveur de systèmes de soins publics qui considèrent les soins comme un droit social structurel, essentiel à la justice entre les genres, à des sociétés équitables et à un véritable progrès démocratique. Le mouvement syndical continuera à faire pression sur les gouvernements pour qu'ils prennent cette mesure ambitieuse.

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