Si vous souhaitez ajouter votre nom ou celui de votre organisation à cet appel à l'action, envoyez un e-mail à david.archer@actionaid.org avant le 4 septembre avec pour objet : Signature de l'appel à l’action

Le présent appel à l'action résulte d'un webinaire organisé le 28 juillet 2020 par ActionAid avec des intervenants de haut niveau de l'UNESCO, de l'Internationale de l'Éducation, du Partenariat mondial pour l'éducation, de l'Alliance mondiale pour la justice fiscale, de l'Initiative des Nations unies pour l'éducation des filles, de l'Open Society Foundation, de Wellspring Philanthropy, de la Peter Cundill Foundation – avec un discours d'ouverture du ministre de l'Éducation de la Sierra Leone[i]. Des centaines de participants appartenant à des gouvernements de pays en développement, des organisations de la société civile, des fondations philanthropiques, des syndicats et des mouvements, des agences des Nations unies et des partenariats multipartites se sont réunis pour chercher des solutions à la crise imminente du financement intérieur de l'éducation publique. Cet appel à l'action en dix points se fonde sur les enjeux cruciaux et les points de vue qui ont été échangés à cette occasion.

La Covid-19 a déjà renvoyé 1,5 milliard d'enfants hors de l'école et, avec des systèmes éducatifs confrontés à une crise dévastatrice du financement public, on ne sait pas combien d'entre eux pourront y retourner en toute sécurité, ni quelle qualité d'apprentissage les écoles pourront leur offrir si elles rouvrent. L'UNESCO estime que les budgets de l'éducation subiront une perte d'au moins 210 milliards de dollars l'année prochaine, simplement en raison de la baisse du PIB. La pression exercée pour réaffecter les rares ressources disponibles aux systèmes de santé et de sécurité sociale pourrait entraîner une réduction de 5 % des budgets de l'éducation, soit une perte totale de 337 milliards de dollars en dépenses d'éducation – et la Banque mondiale prévoit que des réductions encore plus importantes, de l'ordre de 10 %, pourraient se profiler à l'horizon. C'est probable, mais ce n'est pas inévitable. Nous avons besoin de volonté politique, de solutions audacieuses et de mesures urgentes pour éviter que cette crise sanitaire ne déclenche un désastre dans le secteur de l'éducation, qui affecterait les perspectives d'avenir de toute une génération d'enfants.

1. Défendre la part du budget consacrée à l'éducation

Les pays en développement devraient consacrer au moins 20 % de leur budget national à l'éducation. La Covid-19 ne doit pas servir de prétexte à une régression en réduisant la part des budgets alloués à l'éducation, car ce serait une trahison à l'égard de la prochaine génération et une violation des engagements en matière de droits de l'homme. Tous les acteurs internationaux de l'éducation devraient utiliser leurs propres ressources et leur influence pour inciter les gouvernements à maintenir ou à augmenter la part des budgets nationaux allouée à l'éducation.

2. Augmenter la taille du budget par des mesures de fiscalité équitable

Les pays devraient s'efforcer d'atteindre un ratio impôts/PIB de 20 % au minimum afin de fournir des services publics de qualité. Le FMI estime que la plupart des pays pourraient augmenter leur ratio impôt/PIB de 5 % au cours des prochaines années, ce qui permettrait de doubler les dépenses de santé, d'éducation et d'autres services essentiels. Après la pandémie, il est encore plus urgent d'augmenter les impôts de manière équitable et progressive, notamment en établissant de nouvelles règles mondiales pour garantir que les entreprises paient leur juste part, en augmentant la taxation des profits excédentaires et des richesses excessives, en mettant fin aux incitations fiscales préjudiciables (qui font perdre 138 milliards de dollars par an aux pays en développement), en empêchant l'évasion fiscale agressive (par laquelle les pays en développement perdent au moins 200 milliards de dollars par an) et en éliminant les flux financiers illicites. Les acteurs préoccupés de la justice de l'éducation doivent établir des liens plus étroits avec ceux qui travaillent sur la justice fiscale.

3. Exploiter les ressources existantes des Trésors publics nationaux en agissant sur le service de la dette

Une crise de la dette parait imminente ; elle pourrait ruiner l'éducation au moment où des milliards de jeunes vivant dans la pauvreté sont confrontés à la perspective d'un chômage et d'un dénuement permanents. Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), rien qu'en 2020 et 2021, les pays en développement seront contraints de verser jusqu'à 1 000 milliards de dollars au titre de la dette extérieure, un argent qui est désespérément nécessaire pour l'éducation et d'autres services de première ligne si nous voulons éviter une flambée massive de la pauvreté et des inégalités. C'est pourquoi les dirigeants du G20, les IFI et les prêteurs du secteur privé doivent s'engager dès maintenant à décréter d'urgence un moratoire sur le paiement de la dette, au moins jusqu'à la fin de l'année 2022. À plus long terme, il faudra également conclure un nouveau pacte sur le rééchelonnement de la dette afin qu'aucun pays ne dépense davantage pour le service de la dette que pour l'éducation ou la santé ; la renégociation de la dette devra reposer sur l'engagement des pays à faire preuve d'une transparence et d'une responsabilité totales dans leurs futurs emprunts.

4. Lutter contre des décennies d'austérité

Au cours des dernières décennies, le FMI a encouragé les politiques d'austérité dans les pays en développement en plaçant la priorité sur la réduction de l'inflation et des déficits plutôt qu'en laissant les pays investir dans les objectifs de développement. Certains signes positifs indiquent que le FMI est en train de changer de discours, mais face à la crise économique provoquée par la Covid-19, ces changements doivent être accélérés et mis en pratique. Les dépenses consacrées aux services publics, comme la santé et l'éducation, doivent être considérées comme faisant partie de l'infrastructure sociale de base d'un pays, et doivent à ce titre être protégées – et les investissements dans des services publics de qualité doivent être vus comme une partie de la solution à la crise plutôt que comme une partie du problème.

5. Résister aux restrictions de la masse salariale du secteur public pour recruter plus d'enseignants (et de personnel infirmier)

Pour atteindre les objectifs de l'ODD 4 et tenir la cadence de la croissance démographique, il faudrait plus de 17 millions de nouveaux enseignants professionnels rien qu'en Afrique d'ici 2030. Cependant, au cours des trois dernières années, le FMI a conseillé aux pays de geler ou de réduire la masse salariale du secteur public, bloquant parfois involontairement le recrutement d'enseignants, de médecins, de personnel infirmier et d'autres employés essentiels du service public dont le pays a besoin en urgence. La Covid a fait prendre conscience de l'importance d'une éthique du secteur public et il est donc temps de remettre en question tous les préjugés inconscients et de réévaluer les attitudes à l'égard de l'emploi dans le secteur public. Le FMI doit de toute urgence revoir ses conseils politiques et ses conditions de prêt dans ce domaine – et les gouvernements des pays en développement devraient rechercher des alternatives, en considérant l'investissement dans les enseignants (et le personnel de santé) comme un élément fondamental pour mieux reconstruire leur pays.

6. Inverser la tendance à la baisse de l'aide aux pays qui en ont le plus besoin

L'effondrement du PIB mondial causé par la crise de la Covid va probablement entraîner une chute des budgets d'aide l'année prochaine. À cela s'ajoute la tendance des donateurs à utiliser leur aide pour promouvoir leurs propres intérêts commerciaux et sécuritaires plutôt que les besoins des pays les plus pauvres. Les budgets d'aide doivent être protégés et réorientés vers les pays confrontés aux plus grands défis. Il faut que l'aide à l'éducation soit particulièrement prioritaire dans la période de l'après-Covid, dans le contexte d'une revalorisation des systèmes publics, avec une priorité claire pour l'équité, tant dans la distribution que dans l'allocation de l'aide.

7. Harmoniser l'aide et l'aligner sur le renforcement des systèmes d'éducation publique

Nous avons vu trop souvent dans le passé des catastrophes ou des crises nationales utilisées comme des occasions de démanteler les systèmes publics et de faire progresser la privatisation. Il faut réagir différemment à la crise de la Covid-19. Il s'agit d'une crise mondiale et il est déjà évident que l'action des gouvernements et des systèmes publics sera primordiale pour reconstruire et réformer l'éducation à l'échelle requise. L'aide bilatérale et multilatérale doit être mieux harmonisée et s'aligner sur le renforcement des systèmes gouvernementaux, en appliquant le modèle positif du Partenariat mondial pour l'éducation. Les trusts et les fondations doivent reconnaître le rôle crucial qu'ils peuvent jouer dans le renforcement des systèmes publics, en considérant l'offre privée comme un symptôme d'échec plutôt que comme une solution durable ou équitable.

8. Veiller à ce que les budgets de l'éducation donnent la priorité à l'inclusion, à l'équité et à la transformation

Pour mieux reconstruire, il est indispensable de reconnaître que les systèmes éducatifs existants sont inéquitables, car ils rejettent les filles et les enfants handicapés et désavantagent les communautés les plus pauvres ou les plus exclues. Comme le constate le Rapport mondial de suivi de l'éducation (RMSE) 2020, « la promesse d'atteindre en premier ceux qui sont les plus à la traîne n'est pas tenue », et « les enfants handicapés sont particulièrement exposés au risque d'exclusion de l'éducation ». La pandémie de Covid-19 peut exacerber ces inégalités existantes ou au contraire constituer un tournant décisif pour appliquer une perspective de genre et d'inclusion à tous les aspects de l'éducation, y compris la planification, la budgétisation et les dépenses, afin de faire progresser l'égalité et l'inclusion en matière d'accès, de rétention et de réussite à tous les niveaux. Pour que les dépenses d'éducation soient efficaces, l'accent doit être placé sur l'équité et l'inclusion. Les systèmes éducatifs contribuent bien souvent à reproduire les inégalités et les injustices des sociétés auxquelles ils contribuent. Pourtant, l'éducation a le potentiel d'être le facteur d'équilibrage le plus puissant au sein d'une société, à condition que le système lui-même soit véritablement équitable à tous les niveaux. L'après-Covid nous donne l'occasion de réaffirmer une vision transformatrice pour instaurer des systèmes éducatifs efficaces.

9. Accroître la transparence et la responsabilité : la clé pour des dépenses efficaces et efficientes

Il arrive trop fréquemment que les budgets de l'éducation ne parviennent pas aux écoles des communautés les plus défavorisées. En l'absence d'un contrôle indépendant, les budgets sont mal utilisés ou dévoyés. La Covid-19 impose déjà des contraintes supplémentaires aux budgets et aux systèmes de contrôle afin de garantir la transparence et l'efficacité de leur utilisation. Les acteurs de la société civile peuvent jouer un rôle crucial dans le suivi des budgets, en veillant à ce que l'argent alloué arrive à bon port et que les décisions soient prises de manière transparente au niveau approprié. Il est essentiel de renforcer les voix de la société civile – et l'espace politique permettant à ces voix d'être entendues. L'après-Covid exige une révolution dans la responsabilité publique des systèmes d'éducation, tant au niveau local qu'au niveau national – un partenariat public-public afin que les systèmes publics facilitent l'engagement du public et y répondent.

10. Travailler de manière intersectorielle pour défendre les services publics et impliquer les ministères des Finances

La Covid-19 a montré plus clairement que jamais que les défenseurs de l'éducation doivent travailler en étroite collaboration avec ceux qui défendent la santé ainsi que d'autres services publics. Nous n'obtiendrons pas de percées stratégiques en finançant un service public alors que d'autres sont supprimés. Nous partageons de graves préoccupations communes autour de la fiscalité, de la dette, de l'austérité et des effectifs du secteur public. Nous devons apprendre à travailler ensemble pour engager des discussions stratégiques au plus haut niveau avec les ministères des Finances.

À seulement dix ans de l'échéance de 2030 pour les ODD, la crise de la Covid doit marquer un tournant dans le financement de l'éducation. Nous nous engageons à travailler ensemble pour mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation de l'ODD 4, en utilisant les ressources internationales pour développer un financement national durable plutôt que pour le remplacer. Le soutien international peut jouer un rôle crucial lorsqu'il est utilisé pour mobiliser ou encourager le financement national prévisible nécessaire pour profondément transformer les systèmes publics.

En répondant à cette crise de la Covid, gardons également à l'esprit les défis existentiels que pose la crise climatique. Nous devons éduquer l'opinion pour contribuer à forger une nouvelle génération de citoyens du monde actifs qui se soucient du développement durable. Nous nous engageons à travailler ensemble pour mettre en place des systèmes d'éducation publique qui soient financés de manière durable et qui contribuent à la construction d'économies et de sociétés capables de prendre véritablement soin des personnes et de la planète.

Si vous souhaitez ajouter votre nom ou celui de votre organisation à cet appel à l'action, envoyez un e-mail à david.archer@actionaid.org avant le 4 septembre avec pour objet : Signature de l'appel à l’action



NOTE: Vous pouvez accéder à l'enregistrement du webinaire ici :

https://drive.google.com/file/d/1mw7cRGecz5q9cDexp2VSs8fPpVzo6FNC/view?usp=sharing

Les présentateurs et les intervenants du webinaire étaient : Julia Sanchez – Secrétaire générale, ActionAid International ; David Moinina Sengeh – Ministre de l'Éducation, Gouvernement de Sierra Leone ; Caroline Othim – Coordinatrice des politiques, Alliance mondiale pour la justice fiscale ; David Archer – Chef des Services Publics, ActionAid ; Dennis Sinyolo – Coordinateur principal, Internationale de l'Éducation ; Nalucha Nganga Ziba – Directrice pays, ActionAid Zambie ; Stefania Giannini – Sous-Directrice générale, UNESCO ; Nora Fyles – Directrice, Initiative des Nations unies pour l'éducation des filles ; Alice Albright – Directrice générale, Partenariat mondial pour l’éducation (par vidéo) ; Jean Marc Bernard (PME) ; Camilla Croso – Directrice de l'Éducation, Open Society Foundations ; John Rendel – Directeur, Peter Cundill Foundation ; Michael Gibbons – Wellspring Advisers.